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PAUL CHAMBERLAND
« Tu n'humilieras personne. »
Pourquoi ce précepte ? Parce que personne n'aime être traité comme un deux de pique. S'il l'est, il sera tenté de soulager son mal en rabaissant le premier venu.
Et c'est reparti de plus belle, l'engrenage de la violence; le goût du meurtre se propage comme une épidémie.
Le cœur est en tout cœur un seul cœur.
Demande au tien ce qui le fait battre, il te répondra qu'il n'a jamais assez de poitrines pour se faire entendre.
Des gens t'aiment ? Tu apprécies d'en être ensoleillé.
Si nous faisions le soleil ensemble, la Terre apprécierait. Elle rougirait de plaisir de toute sa peau car elle l'a sensible.
Jardinier terrestre, qu'est-ce que t'attends pour te relever les manches ?
Tu crains de ne pas être à la hauteur ? Rien n'est plus bas que la Terre. Mais vois ce qu'elle est capable de supporter. Tu ne trouveras pas meilleur appui pour rebondir.
C'est en toutes lettres que la force faible est une force fiable. Quelqu'un l'a dit bien avant moi, le vieux Lao-tseu dans son Tao-te king :
« Que le faible l'emporte sur le fortet le souple sur le dur,
tout le monde le sait,
mais il n'y a personne qui le mette en pratique. » (LXXVIII)
Tu l'as longtemps rêvée ?
Prends-la dans ta paume :
elle pèse
à peine
une bulle,
la Terre.
Le cœur sait porter.
JOSÉ ACQUELIN
Rondez-vous
parce que la vie est dure vraie
j'ai dans la main un c¦ur tendre
certains me diront gnangnan longtemps
je sais que je mourrai encore enfant
ayant reconnu la vieillesse de la terre
je naîtrai à tant d'autres univers
j'ai gagné cela à force de rien
je reconnais à l'amour cette force
de m'avoir fait naître à la femme
que j'ignorais être en moi-même
c'est ma seule condition d'homme
c'est mon seul avenir d'âme
et puis je suis aussi singe
peu crédible pour les évolumaniaques
ça les menace dans leur monfutur
eux qui doutent de l'écriture
celle qui résiste à leurs signaux
oui je suis cette bête entêtée
qui ne cesse et qui répète :
on a été fait par ce qui nous précède
bactéries algues bleues et oiseaux
on est du sable un poireau et des âmes
on sera même des anges sans ailes
qui voleront sans kérosène
sans sucre ni secret
dans les cigarettes des galaxies
au bar de l'inthéorème
Plume d'en haut sur souffle donné
à ce point du rond que fait la terre du nord
quand le jour égale la nuit
je viens te chercher avec
l'ignorance du poème nu
je fonds dans tes yeux
sur la banquise
d'une feuille
cette feuille
pourra-t-elle réinventer
le grand tremble de l'humanité
que l'humanité n'a de cesse de sectionner
en incompréhensions injustesses et volontés
restons gratuits dans la lumière du seul ¦il
sans lequel nous ne pourrions le voir l'aimer le remercier
ma gratitude chante ta grâce clairvoyante
qui m'offre par l'âme de ta langue
le tympan des peaux tambourinant
au seul c¦ur unissant
les écarts d'heures
entre tous les
êtres
et je te porte en moi
comme chaque oiseau qui me parle
à la faveur de l'unique vraie coïncidence
où la pierre sert à fabriquer l'¦uf d'où
éclora la fin des fausses frontières
je le sais par toi : l'aile n'aura
pour seul repos que le lit du ciel
là où on ne peut que s'éveiller
JOËL POURBAIX
LA CARESSE DES FOUGÈRES
La pornographie du chaos; elle se lève avec toi, elle se couche avec toi. Dans un monde aveugle, les bourreaux agissent paisiblement devant nous. Dans un monde aveugle, les Voyeurs sont rois.
Mais les êtres torturés, eux, où meurent-ils ? Le viol des corps et des esprits n'est-il qu'un murmure dans une nuit sans étoiles ?
Relever la tête, se pencher, pénétrer la faille des temps présents. Il faut pour cela des mains nues, fragiles et têtues. Des braises dans la tempête.
Tu verras des yeux qui te regardent.
La pornographie du chaos; les voyous jouent confortablement aux dés et les vérités sont pipées. Le jeu de massacre maintenant sans pudeur nous respire et nous avale, images coulant jour et nuit en nos veines percées.
Pourquoi lécher nos blessures si nous fuyons la langue de nos blessures? Soyons complices d'une autre solitude.
Dans la zone sinistrée de nos heures muettes, quelques mots brûlent, leurs traces cherchent le sol de nos existences, l'aventure des chemins perdus. La caresse des fougères millénaires enfante parfois le marcheur.
Tu verras des yeux qui te regardent.
La pornographie du chaos; des idiots s'exercent chaque matin à faire preuve d'intelligence et de voracité. Les mots ne sont plus l'ombre d'eux-mêmes et pourrissent en silence. Vouloir sauver le monde assure la permanence des cadavres. Où se trouve le pays de la parole ? Si tu ne sais pas déserter ton époque, tu ne pourras plus dire non aux catastrophes, ni dire oui à ta vie.
Un visage fiévreux est enfoui au milieu des cendres, si proche de tes mains. Sois la pluie sauvage, sois la beauté du vent. Fais encore un geste. Accueille celui qui ne veut plus mourir.
Et tes yeux n'auront plus honte de s'ouvrir.
MICHEL DEPATIE
Le murmure d'un appel
Deviens ce Jardinier Terrestre enfoui en toi.
celui qui propage la résistance à l'humiliation acceptée des humains
celui qui agit avec persévérance afin de fissurer le paysage autistique terrien
celui qui rappelle aux humains que l'élan vers l'autre et l'agir poétique sont les seules ressources pour résister à notre anéantissement.
Des millions de yeux d'enfants apeurés
Por todo el mundo : el horror
Partout dans le monde : l'horreur
la tierra se pregunta si los humanos perdieron la razón
Les regards pornographiques assassinent les êtres un à un.
la tierra se pregunta si los humanos extraviaron su corazón
La poésie du coeur
The poetry of the earth
are the only answer
To resist or to disappear
soy la mémoria de mi padre y de mi madre
soy el alma del viento de las Americas
soy esta mariposa con toda la luz en su cuerpo
estoy en mi ultimo suspiro : la eternidad
y tu tambien
je suis la mémoire de mon père et de ma mère
je suis l'âme du vent des Amériques
je suis ce papillon avec toute la lumière en son corps
je suis à mon dernier souffle : l'éternité
et toi aussi
Trois courts poèmes d'un compagnon, Alexandro Jodorowski, cinéaste, poète, tarologue et co-fondateur de RéÉvolution poétique.
Ne me remercie pas
Pour ce que je t'ai donné
cela ne m'a été donné
que pour toi
ce que je te dis ici
reste ici
je pars sans rien
je ne veux pas que tu m'aimes
je veux que tu aimes
Les incendies n'ont pas de maître