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ACTES POÉTIQUES
22 avril 2007 : Jour de la Terre : Un Acte poétique des Jardiniers Terrestres

poésie

josé acquelin - joël pourbaix - joséphine bacon - paul chamberland


JOSÉ ACQUELIN

pendant que des hommes déchirent d'autres hommes
un petit village boit et mange dans une grange
pendant que des agneaux sont menés à l'abattoir
des canards font la sieste entre des sagittaires
pendant que les nuages ne peuvent plus soigner les épinettes
des turquoises montent au cou des femmes
pendant que des déserts reçoivent la lumière des étoiles
des yeux se ferment à leurs propres rêves

nous sommes des voyageurs innocents
apprentis de la lumière dans la nuit
nous tentons de capter la beauté profonde
commune à tous ces mondes si différents
nous cherchons la vérité des beautés
nous sommes aussi fragiles que les hirondelles du hasard
nous souhaitons que la lavande lave les landes du c¦ur
nous voulons les redonner aux âmes inquiètes
nous croyons au carrefour des consciences
l'étoile a sa place dans la barque de la lune
nous sommes encore assez idéalistes
nous sommes troublés par la clarté des destins passionnés
nous sommes passionnés d'adoucir les passions
nous sommes des pèlerins originels nous disons :
l'absolu est un dé rond

 


JOËL POURBAIX

Des morts, encore des morts, le sang versé abreuve les rouages d'une horloge immobile. Les peuples un à un traversent un miroir de poussières, l'espèce humaine emportée par un élan lancinant. Détourne-toi, va au creux, éclaire la nuit au lieu de te regarder. Ta vraie nature est imprononçable. Tu bouges comme l'eau, le sable, le vent. Devant la parole impartiale des choses, tu avoueras ta respiration.

L'écorce terrestre n'a jamais cessé de faire des pas, elle nous écarte des prétentions aux paroles vraies et définitives. L'incertitude redevient notre langue maternelle. Suinter, traverser une paroi, ne plus confondre l'obstacle et la matière. Le langage des traces est le dernier des sols pour les égarés que nous sommes. Bunker, bunker, bunker, bunker. Dans les lézardes du millénaire naissant, j'entends la brise et la goutte d'eau, la rumeur de la termitière, le craquement des herbes sous l'Étoile du Chien. Le plus modeste des tourbillons de sable me ramène à l'existence. Demeurent les voies de l'imperfection, les blessures du temps, les accidents qui sauvent.

Le Livre des Tempêtes s'ouvre de nouveau. Le temps a repris sa course au plus profond de mes os. Le corps de mon corps écoute le souterrain plissement des sols.. Les catastrophes toujours plus vieilles que l'esprit humain, elles ont été notre mère. Terres grugées, rivages hachurés, ils captent la rumeur des grandes migrations.
Je scrute patiemment l'éboulis et l'écume, là où la mer échoue mes doigts veillent. Dans le roulement des vagues, je trace des mots de sable, ils s'enfoncent et ensemencent.
Entre ce que je suis et ce que je fais il y a un espace.
Être soi-même un monde est un hommage au monde.

 


JOSÉPHINE BACON

La terre qui m'a vu naître
souffre d'être dépouillée
de son âme
les rêves ne chantent plus
aux chasseurs
les tambours ne résonnent plus
au rythme
du c¦ur de la terre
leurs sons se sont tus
à l'agonie de la terre
en souffrance

Si l'oiseau t'a dit :
Les mots énoncent un regard
seul l'aveugle
au regard sombre
peut donner cette couleur
au toucher
et à la terre, le pouvoir
d'une dictée sans faute

Ô Maîtres / Tshin Manitu
Papakassik, Atikuapeu,
Maître du caribou
Je marche sur le chemin que tu m'as tracé vers
Missi naku,
Maître des animaux aquatiques
qui m'offrira la truite grise de notre Terre,
moi qui ai faim.
Et si j'ai froid je sais que
Uapishtanapeu,
Maître des animaux à fourrure
me gardera au chaud
pour que dans mon sommeil
Ushuapeu,
Maître hibou
m'emporte près de
Tshishikushkueu
celle qui entend les battements du c¦ur de la Terre
qui m'habite.


PAUL CHAMBERLAND lu par Michel Depatie

Je découvre la Terre intime,
l'immense enfouie
sous le fatras du quotidien :
sphère (en combien de feux se multiplie-t-elle ?)
ramenée au halo d'une lampe
qui parfois scelle autour d'une table
un Emmaüs improvisé à quelques-uns,
tout étonnés de se savoir un moment soustraits
aux assauts du dehors.
Comment refuser la Terre promise au jardin qu'elle est
parfois
quand la tournure de la conversation fait passer d'un coup
à l'immense respirant dans l'ombre,
euphorique partition que savouraient bien avant nous
grenouilles, lucioles et criquets ?
Au nom de quel savoir dénier aux regards s'entrétincelant
l'un l'autre
de pouvoir former ensemble, bien qu'éphémère,
cette constellation
que chacun porte en soi
comme un mal incurable
et que la nuit renfouit en elle ?